

Desmond Tutu n’avait que 12 ans lorsqu’il a rencontré le père Trevor Huddleston, ecclésiastique anglican et pionnier de la dénonciation de l’apartheid. Le futur archevêque, qui souhaitait alors suivre les traces de son père et devenir instituteur, resterait marqué pendant plusieurs années par la vie, les réalisations et le message du père Huddleston.
En 1958, après avoir enseigné pendant quatre ans, Desmond Tutu a décidé de devenir ministre au sein de la Church of the Province of Southern Africa et est entré dans les ordres au St. Peter’s Theological College de Rosettenville. Après avoir été ordonné ministre en 1961, il a quitté son pays pour Londres où il a obtenu un baccalauréat spécialisé en théologie et une maîtrise en théologie tout en travaillant à temps partiel comme vicaire. À son retour en Afrique du Sud en 1967, Desmond Tutu est devenu aumônier à la University of Fort Hare, puis aux universités du Botswana, du Lesotho et du Swaziland. Par la suite, il est retourné en Angleterre où il a occupé les fonctions de directeur associé du fonds d’éducation théologique du Conseil œcuménique des Églises, dans le Kent.
En 1975, Desmond Tutu a été nommé doyen de la cathédrale St. Mary’s, à Johannesburg, poste qu’il a occupé brièvement compte tenu de son élection comme évêque du Lesotho peu de temps après. Au même moment, l'Afrique du Sud connaissait un bouleversement profond en raison des émeutes de Soweto de 1976. On a convaincu Desmond Tutu de quitter le diocèse du Lesotho, où le calme régnait, pour accepter le poste de secrétaire général du Conseil des Églises d’Afrique du Sud. C’est dans le cadre de ces fonctions, qu’il a occupées de 1978 à 1985, que l’évêque Tutu est devenu une personnalité reconnue dans son pays et dans le monde.
Filiale du Conseil œcuménique des Églises, le Conseil des Églises d’Afrique du Sud se consacre à la cause de l’œcuménisme et à la responsabilité sociale de l’Église. Ses priorités absolues sont la justice et la réconciliation. À titre de secrétaire général, l’évêque Tutu a cherché à atteindre ces objectifs avec une ardeur et un engagement sans faille. Sous sa gouverne, le Conseil des Églises d’Afrique du Sud est devenu une institution de premier plan dans la vie spirituelle et politique de l’Afrique du Sud, se faisant la porte-parole des idéaux et des aspirations de millions de chrétiens sud-africains. Grâce à son leadership, l’archevêque Tutu a contribué à faire en sorte que le Conseil offre une aide efficace aux victimes de l'apartheid. De plus, comme il a pris position contre l’injustice du système, il s’est inévitablement retrouvé au cœur de la controverse. En 1984, la contribution de l’archevêque Tutu à la cause de la justice raciale a été reconnue par la récompense la plus prestigieuse qui soit : le prix Nobel de la paix.
Au cours des cinq années suivantes, dans le cadre de ses fonctions d’évêque de Johannesburg et, plus tard, d’archevêque du Cap, l’archevêque Tutu s’est efforcé de combler le fossé qui sépare les anglicans sud-africains de race noire et de race blanche. Son élection à ce poste témoigne de la confiance et de la foi que manifeste l'Église anglicane envers le leadership de l’archevêque Tutu ainsi qu’envers sa capacité à lutter pour la justice raciale.
En 1995, le président Mandela a nommé l’archevêque Tutu à la direction de la Truth and Reconciliation Commission. Ce dernier s'est acquitté de ces fonctions pendant près d'une décennie, au cours de laquelle il a fait progresser considérablement la lutte pour la justice en Afrique du Sud et dans le monde. En tant que médiateur et leader, il a joué un rôle essentiel dans la transition difficile de l’Afrique du Sud vers la démocratie et a contribué à faire de la Truth and Reconciliation Commission un modèle pour d’autres pays.
L’archevêque Tutu, aujourd’hui archevêque émérite du Cap, détient le grade honoris causa de plusieurs universités, dont Harvard, Oxford, Columbia, de la Ruhr, Kent et Aberdeen. En plus du prix Nobel de la paix, l’archevêque Tutu a reçu l’Order for Meritorious Service Award (or), qui lui a été remis par le président Nelson Mandela, l’Archbishop of Canterbury’s Award pour les services exceptionnels qu’il a rendus à la Communion anglicane, le prix d’Athènes (Fondation Onassis), le Family of Man Gold Medal Award et le Martin Luther King, Jr. Non-Violent Peace Prize.
En 2000, il a officiellement fondé la Desmond Tutu Peace Foundation, laquelle vise à encourager le maintien de la paix par la promotion d’un développement humain éthique, visionnaire et fondé sur des valeurs. En 2005, il a annoncé la création du Desmond Tutu Peace Centre, au Cap, organisme ayant pour objectif de propager l’héritage de ce leader hors du commun. « Le centre pour la paix est un organisme qui vise à montrer aux gens comment nous nous y prenons pour résoudre des conflits pacifiquement et comment nous faisons pour lier d'amitié d'anciens ennemis », explique-t-il.
En 2005, l’archevêque Tutu et l’ancien président tchèque Vaclav Havel ont publié Threat to the Peace - A Call for the UN Security Council to Act in Burma, rapport expliquant les raisons pour lesquelles le Conseil de sécurité de l’ONU doit exercer des pressions sur le gouvernement militaire de la Birmanie pour qu’il mette en œuvre une réforme politique.
Plus récemment, en 2007, l’archevêque Tutu est devenu l'un des membres fondateurs de The Elders, groupe de leaders mondiaux qui mettent à profit leur sagesse, leur leadership impartial et leur intégrité pour s’attaquer à quelques-uns des plus graves problèmes auxquels fait face la communauté internationale, dans l'objectif de créer un monde meilleur. Parmi les autres membres du groupe figurent Nelson Mandela, la présidente Mary Robinson et Gro Harlem Brundtland.
Écrivain respecté, l’archevêque Tutu est l’auteur de six ouvrages et d’une multitude de sermons et d’écrits, dont : Crying in the Wilderness, Hope and Suffering: Sermons and Speeches, The Words of Desmond Tutu, The Rainbow People of God, The Essential Desmond Tutu et No Future without Forgiveness. Son plus récent livre, God Has a Dream: A Vision for Hope in Our Time, est un ouvrage très personnel que l’archevêque Tutu décrit comme « l’expression de l’ensemble des réalisations de ma vie ».